Trois imbéciles, de nuit, profanent des tombes de troufions marocains, morts pour la France, etc, etc. Et c’est parti pour un autre tour. Le CRAN denonce « l’acte raciste » ? raciste ? vous croyez ? J’aurais tendance à penser que le choix des tombes était totalement anodin. Le conseil du Culte musulman condamne avec la plus grande vigueur, le Crif denonce avec force, SOS racisme dénonce une attaque contre la république. Le Parti socialiste s’inquiète
Je n’ai rien contre les Marocains. Ni contre l’armée d’ailleurs. Et pourtant…
J’ai difficilement retenu une petite érection hier quand j’ai appris que malgré le froid, la pluie et la boue, trois hommes avaient pris la peine d’aller salir dans un cimetière sordide, les tombes de soldats marocains morts pour la France. Les cimetières. La simple vue d’une tombe, de la dalle et des fleurs fanées, l’odeur d’une rose morte et du ciment gris me rappellent certaines après-midi d’adolescent, quand j’allais, un paquet de cigarette dans la poche, un litre d’alcool de mil et la main de la fille du directeur sous le bras, m’encanailler sur les tombes salles du carré chrétien du cimetière militaire de Saint-Louis, le seul endroit calme et protégé de toute la ville.
Saint-Louis, je me souviens, le soleil blanc et la chaire rouge, la fesse rouge, merde, pardon la terre rouge, le bruit du vent dans le feuillage, les déjections bovines par terre, les ânes qui à distancent s’empalaient pendant que la fille du directeur et moi nous refaisions le monde. Que de souvenirs. Chaque fois que je lis « cimetière » je repense fille du directeur. Je n’y peux rien.
C’est l’une des raisons pour lesquelles, je suis rarement indigné quand j’entends parler de profanation de tombes. L’acte de profanation en soi, m’indiffère, mais le cimetière… le cimetière. Érôs et Thanatos. L’amour et la mort. Cimetière… ce mot a dans mon esprit une telle charge érotique ! Rien que d’y penser, même ici, dans ce studio, entouré de gens à qui je proposerai jamais la brouette japonaise (enfin, je ne dis pas que bourré, à trois heures du mat, contre cinq cent balles, en billets de vingt, glissés dans une enveloppe, je ne ferai pas d’exception, mais bon, disons que pour le moment)… Même ici, la simple évocation des tombes de soldats, me fait bander. Vraiment. Et puis, entre nous, des militaires… marocains… morts pour la France… Est-ce bien raisonnable ?
D’ailleurs de manière générale, très peu de choses m’indignent hormis le prix du café chez Lipp et les costumes des appariteurs rue st-guillaume. Entre nous, ils sont affreux ces costumes. Dommage que les mecs de Sold-Out ne soient pas là pour les conseiller. C’est Lacroix qui a dessiné ces merdes ? Ils ne sont pas seulement aveugles, les mecs qui ont dessiné cette horreur, ils doivent être aussi chômeurs, pédophiles, consanguins, je ne sais pas moi.
Enfin, pour en revenir à moi, je disais donc : la guerre en Irak ? Je m’en fiche. Le retour des trois afghans chez eux ? Je m’en branle. La chute du dollar et la montée de la xénophobie en Occident ? Je m’en tape.
56% des français sont pour ou indifférents à l’expulsion des Afghans. Ils ont raison. Le jour où on prélèvera des impôts pour lutter contre la guerre dans le monde et qu’on fera l’aumône pur construire des sous-marins nucléaires, je me préoccuperai un peu plus de la vie des autres. En attendant, le premier qui me traite d’égoïste, j’envoie ma mère lui casser la gueule. Et les indignations, recommandations, hommages, manifestation d’émotion et de compassion des hommes politiques, des associatologues et sociologues, ils peuvent se les carrer où je pense.