Vendredi 20 novembre 2009

Je lis Proust. Enfin, disons plutôt que j’écoute Proust (http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/proust-marcel-combray.html ). Dans le métro, chaque matin, dans mon lit entre minuit et deux heures. Je suis encore du côté de chez Swann. Oui, oui ! Enfant, j’avais d’autres lectures, adolescent d’autres hobbies que la lecture (de ceux là auxquels on s’adonne seul sous la douche), au lycée je lisais Revel et Césaire, alors…

 

Je ne sais pas si le plus agaçant c’est la voix de la bénévole qui enregistra le podcast, la musique de chambre qu’elle a rajouté ou l’histoire elle-même. Je pencherais plutôt vers l’histoire. Le petit être fragile, constamment au bord de l’évanouissement ou des pleurs, qui s’invente des peurs ou des histoires à partir d’un motif d’abat-jour… Il paraît que la suite est géniale. Il se dit que Proust est un génie, qu’il a révolutionné le roman… Mouais. J’attends de voir. Disons qu’on se donne rendez-vous dans deux mois, d’ici-là je viendrai à bout des 70 heures d’écoute. Et peut-être que dans le même temps, je me résoudrai à dépasser la page 40 de « la petite bijou » de Modiano.

 

Mais tout ça m’éloigne du plus important : les lunettes. C’est ce qui m’a frappé aujourd’hui : la couverture d’un ouvrage de Dantzig. Jaune, Grasset oblige, le nom de l’auteur en vert, je crois, et sa photo en bas. Il rajuste ses lunettes, on ne voit plus son visage, on ne voit qu’elles. Les lunettes à monture épaisse sur un visage presque juvénile, ça vous pose un con aussi sûrement que la présidence du Jockey-Club de Levallois vous pose un adjoint au maire. Quel lecteur peut être attiré par l’image d’un écrivain ? Le lecteur postmoderne, voyons !

 

 Le famélique Baudelaire, Flaubert et sa gueule d’apprenti-boucher, Kafka, l’éternel étonné, n’auraient certainement pas eu droit, de nos jours, à leur tronche en page de garde. Senghor gominé et poli, Whitman et son œil lubrique, Hugo et sa barbe de forçat, auraient peut-être plus de chance.

 

Ce siècle sera biométrique ou ne sera pas. Ainsi soit-il !

Par ralph - Publié dans : Coup de Gueule - Communauté : Les gueulards
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Mercredi 18 novembre 2009

Je ne sais plus quoi écrire à vrai dire. L’homme a la cervelle d’or. Les dernières pépites sont tombées, si jamais il y en eut.

 

Je n’ai plus la force d’inventer.

 

 Mon bureau se remplit d’ébauches de notes, de début de phrases, de jeux de mots, calembours et autres « pets de l’esprit ».

 

Je peux toujours faire semblant.

 

Raconter un coït furtif entre deux cours d’économie, dans les sordides toilettes pour femmes de la Bibliothèque de la rue St-G.

 

Reproduire ici mon sketch préféré (mes amis ont dû le subir en moyenne trente fois) sur « jouer avec les enfants », références à la pédophilie et à l’inceste, mélange autrefois efficace d’autofiction et de mauvais goût, qui maintenant ne choque plus que quelques demoiselles crédules, attirées par la gravité de la voix ou par « la légende du sexe surdimensionné des Noirs » pour reprendre le titre de l’essai de mon compatriote – accessoirement – Serge Bilé.

 

 

Dire quelques mots sur l’effroi que suscite en moi tout ce qui à trait à l’Orient (de L’Inde au Japon, tout ça c’est pareil, on m’a tellement fait le coup avec l’Afrique, ce « beau pays », que maintenant je peux me permettre), la cuisine orientale, la philosophie orientale, l’art de vivre, et même cette politesse tant vantée.

 

Continuer mes allusions au destin de Tirésias que les imbéciles s’évertuent à prendre pour un coming-out (si, si, un lecteur de ce blog et de celui de Pierre Assouline – ou de wikipédia – un de mes amis par ailleurs , m’a une fois posé la question). J’en produis à la demande. Exemple :

 

Le lit défait, bousculé par la violence de ces frêles corps d’adolescents  qui à tour de rôle s’y étaient offerts, silencieusement comme si passait une étoile filante, dégageait maintenant un parfum subtil, mélange de sueur et de sang, de sperme et de merde.  Comme il est dur le passage à l’âge adulte. Et après qu’ils furent partis, je recollais au mur les posters de jeunes femmes aux seins nus et rappelais Marianne qui n’avait jamais eu mon goût pour l’amour pluriel.

 

 Ou simplement m’excuser pour ce si long silence ?

Par ralph - Publié dans : To myself - Communauté : Intime et décalé
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Mardi 10 novembre 2009

Francophone… Qui dira aujourd’hui la charge de sang, de mort, de haine et de résignation que contient ce mot ? Qui expliquera ce que cet adjectif signifie pour notre génération de jeunes africains francophones exclusifs qui ne parlent plus que cette seule langue, canal par lequel transitent tristesse, joie et amertume ? Qui dira aux autres que nous nous sommes irrémédiablement mis à l’école francophone et avons, nous aussi, appris « l’art de vaincre sans avoir raison ».

 

Francophone parce qu’en 1842, pour narguer les Britanniques installés en Côte d’Or, un officier de marine Français, le cruel et sanguinaire, le très noble et très distingué, comte Édouard Bouët-Willaumez, créait un protectorat français dans cette région du Golfe de Guinée qui deviendra le pays où je suis né.

 

Francophone parce qu’après les Portugais en route pour l’Inde, qui baptisèrent ces terres du terrible nom de « côte des méchants hommes » et y créèrent Sassandra, San Pedro et Fresco, villes côtières aujourd’hui oublieuses de cet héritage, après les Hollandais et les Anglais, en 1893 cette contrée devint protectorat français, parce qu’en 1940 des volontaires ivoiriens s’engagèrent auprès du Général de Gaulle, parce qu’en 1943 Vichy ne contrôlait plus ces terres. Identité ? Francophone.

 

Ivoirien par le droit du sang, comme Ghanéen et Libérien génétiquement parce que mon sang vient autant des anciens clans guerriers Akan du Sud de la côte d’Ivoire et du Ghana que des indociles peuplades Krou de l’Est du Libéria. Dans l’ADN une inappétence pour l’esbroufe et une inaptitude  au compromis.

 

Ivoirien dans la douleur et la colère, dans l’impossibilité de défendre un pays vautré dans le racisme ethnique et la xénophobie. Je sais qu’il y a des mots-dagues comme il y a des mots-valises, des mots menteurs et perfides qui voilent la latence des exclusions et des haines. J’ai fini par comprendre qu’il vaut mieux parfois, ne pas toucher à la hache. Ivoirien par l’apprentissage des vertus de la tolérance. Identité ? Ivoirien.

 

Catholique devenu, à force de génuflexions et de pater noster murmurés les nuits d’insomnie et de maladie, par le baptême et le carême. Simplement, naturellement sans jamais se poser de question. Puis agnostique fervent et violent dans le rejet des abbés qui bondieusent et pontifient pendant que le Fils de l’Homme devient colifichet ridicule, poster, bouteille d’eau bénite ou pin’s. Lecteur précoce et attentif du Coran mais triste à en mourir de ne pas être Juif. Identité ? Monothéiste.

 

Étranger depuis si longtemps qu’il ne fait pas bon s’en souvenir. Enfant d’une guerre vécue par procuration. Ancien enfant de troupe par nostalgie, pour les traumatismes subis, vécus, infligés, par les coups reçus, rendus, oubliés, par les saluts au drapeau, par la marche au pas et le champ de tir. Sénégalais par courtoisie.

 

 

Francophone par la naissance et l’éducation, par infortune et par miracle, Hispanophile par pur orgueil, Ivoirien de nationalité, africain dans de rares moments de faiblesse, noir quand j’en ai envie. Je suis tout cela et tellement plus pourtant. Un ramassis de chair, de sang, d’eau et d’os, de sperme, de larme et d’agressivité apprivoisée : « un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui».

 

Que l’on me demande ma nationalité et je tendrai mon passeport. Que l’on s’enquiert de mon pays natal et j’indiquerai Abidjan. Que l’on s’étonne de mon accent et je pointerai Dakar-Bango, sur une carte.

 

Mais ne me questionnez pas sur mon identité, elle change tout le temps.

Par ralph - Publié dans : Coup de Gueule - Communauté : Intime et décalé
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Samedi 7 novembre 2009

« Ce que pressentaient tous ceux qui se sont intéressés, même de loin, à la « question ivoirienne » durant la dernière décennie, est maintenant confirmé : Le Burkina Faso soutient la rébellion, le Burkina Faso arme la rébellion, le Burkina Faso a financé l’assassinant de milliers d’Ivoiriens, le Burkina Faso est responsable, partiellement mais sauvagement responsable des violences qui ont mis la Côte d’Ivoire à feu et à sang, durant les sept dernières années.

 

Un rapport de l’ONU le confirme en effet, des armes destinées à l’armée du « Pays des Hommes intègres » sont refilées illico aux rebelles. Le gouvernement en face, se réarme lui aussi, à trois semaines du premier tour des présidentielles.

 

Les sempiternelles exhortations à l’Unité Africaine sont bien évidemment des bobards. Tout le monde devrait l’avoir compris. Les guerres, la corruption et la mauvaise gouvernance ont fait plus de morts que la Colonisation et l’esclavage. Mais cette vérité là, très peu d’observateurs osent la dire. Pour ne pas froisser… Comme si on pouvait s’autoriser à voiler la vérité au cancéreux, alors qu’on a besoin de son consentement éclairé avant la chimiothérapie.

 

Il est évident que le Burkina ne soutient pas la rébellion par simple sympathie idéologique. Une raison plus profonde est la rancune profonde accumulée depuis quelques décennies par certains pays du continent. La misère, les famines et la guerre anéantissaient la sous-région ouest-africaine, le Nigéria, le Tchad et même le Sénégal, pendant que deux pays la Côte d’Ivoire et le Cap-Vert s’en sortaient sans aucune égratignure.

 

Que l’on ne me parle pas d’amitié entre les peuples. Les hommes peuvent avoir des amis de tous les horizons, les peuples ne peuvent se permettre d’en avoir.

 

Un jour la guerre se terminera. Pour sûr. Une nouvelle élite prendra le pouvoir. Mais qu’on ne s’y trompe pas, les « voisins » paieront au prix fort leur couardise d’aujourd’hui. Au prix fort. J’espère simplement que lorsque ce jour viendra, j’aurai assez de courage pour ne pas baisser les yeux en appuyant sur la gachette.

 

Et si survivent quelques enfants, qu’on les jette à la mer. »

 

Voici à peu près ce que j’aurais écrit si je n’avais pas lu « une saison de machettes » de Jean Hartzfeld.

 

La vie est trop courte. J’aime trop les plaisirs de la chair et du vin pour m’autoriser la moindre haine. Je ne serai jamais ni Keynes, ni Revel. Est-ce une bonne raison d’envier Mengitsu ?

Par ralph - Publié dans : Coup de Gueule - Communauté : Côte d'Ivoire - Afrique
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Samedi 24 octobre 2009

Trois imbéciles, de nuit, profanent des tombes de troufions marocains, morts pour la France, etc, etc. Et c’est parti pour un autre tour. Le CRAN denonce « l’acte raciste » ? raciste ? vous croyez ? J’aurais tendance à penser que le choix des tombes était totalement anodin. Le conseil du Culte musulman condamne avec la plus grande vigueur, le Crif denonce avec force, SOS racisme dénonce une attaque contre la république. Le Parti socialiste s’inquiète

 

Je n’ai rien contre les Marocains. Ni contre l’armée d’ailleurs. Et pourtant…

 

J’ai difficilement retenu une petite érection hier quand j’ai appris que malgré le froid, la pluie et la boue, trois hommes avaient pris la peine d’aller salir dans un cimetière sordide, les tombes de soldats marocains morts pour la France. Les cimetières. La simple vue d’une tombe, de la dalle et des fleurs fanées, l’odeur d’une rose morte et du ciment gris me rappellent certaines après-midi d’adolescent, quand j’allais, un paquet de cigarette dans la poche, un litre d’alcool de mil  et la main de la fille du directeur sous le bras, m’encanailler sur les tombes salles du carré chrétien du cimetière militaire de Saint-Louis, le seul endroit calme et protégé de toute la ville.

Saint-Louis, je me souviens, le soleil blanc et la chaire rouge, la fesse rouge, merde, pardon la terre rouge, le bruit du vent dans le feuillage, les déjections bovines par terre, les ânes qui à distancent s’empalaient pendant que la fille du directeur et moi nous refaisions le monde. Que de souvenirs.  Chaque fois que je lis « cimetière » je repense fille du directeur. Je n’y peux rien.

 

C’est l’une des raisons pour lesquelles, je suis rarement indigné quand j’entends parler de profanation de tombes. L’acte de profanation en soi, m’indiffère, mais le cimetière… le cimetière. Érôs et Thanatos. L’amour et la mort. Cimetière… ce mot  a dans mon esprit une telle charge érotique ! Rien que d’y penser, même ici, dans ce studio, entouré de gens à qui je proposerai jamais la brouette japonaise (enfin, je ne dis pas que bourré, à trois heures du mat, contre cinq cent balles, en billets de vingt, glissés dans une enveloppe, je ne ferai pas d’exception, mais bon, disons que pour le moment)… Même ici, la simple évocation des tombes de soldats, me fait bander. Vraiment. Et puis, entre nous, des militaires… marocains… morts pour la France… Est-ce bien raisonnable ?

 

D’ailleurs de manière générale, très peu de choses m’indignent hormis le prix du café chez Lipp et les costumes des appariteurs rue st-guillaume. Entre nous, ils sont affreux ces costumes. Dommage que les mecs de Sold-Out ne soient pas là pour les conseiller. C’est Lacroix qui a dessiné ces merdes ? Ils ne sont pas seulement aveugles, les mecs qui ont dessiné cette horreur, ils doivent être aussi chômeurs, pédophiles, consanguins, je ne sais pas moi.

 

Enfin, pour en revenir à moi, je disais donc : la guerre en Irak ? Je m’en fiche. Le retour des trois afghans chez eux ? Je m’en branle. La chute du dollar et la montée de la xénophobie en Occident ? Je m’en tape.

 

56% des français sont pour ou indifférents à l’expulsion des Afghans. Ils ont raison. Le jour où on prélèvera des impôts pour lutter contre la guerre dans le monde et qu’on fera l’aumône pur construire des sous-marins nucléaires, je me préoccuperai un peu plus de la vie des autres. En attendant, le premier qui me traite d’égoïste, j’envoie ma mère lui casser la gueule. Et les indignations, recommandations, hommages, manifestation d’émotion et de compassion des hommes politiques, des associatologues et sociologues, ils peuvent se les carrer où je pense.

 

Par ralph - Publié dans : Coup de Gueule - Communauté : Les gueulards
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